« Jardiland » is over.

Les négociations sur la fusion entre Bouygues et Orange viennent de se terminer par un désastre : les 4 opérateurs vont continuer à se faire la guerre jusqu’au bout, Free en tête et SFR dans la foulée.

L’Etat a vendu ses fréquences 3 et 4 G, et bientôt 5 G, pour que les 4 Challengers puissent aussi investir massivement dans les infrastructures Fibres Optiques ; véritables instruments de compétitivité mondiale, les Télécoms sont indispensables au rayonnement de la France, de ses entreprises et de la culture française.

Après avoir encouragé l’arrivée de Free, l’Etat a largement profité de la vente des fréquences pour financer ses dépenses courantes, notamment l’armée, plutôt que de rembourser sa dette. S’il a ainsi permis la baisse des prix du télécoms pour les français, il a aussi fait rentrer le loup Free dans la bergerie : les infrastructures ont déjà pris du retard.

Macron vient de « jouer au petit banquier d’affaires » qu’il fut pendant 2 ans seulement; et nous a fait perdre une belle aventure industrielle.

Le prix du rachat de Bouygues Telecom par Orange était connu : 10 milliards d’euros, le montant que Patrick Drahi était déjà prêt à débourser au printemps dernier en 2015.

Emmanuel Macron avait indiqué en Décembre qu’il n’avait « pas de position de principe » contre un retour à trois opérateurs en France. Dans l’entourage de Patrick Drahi, propriétaire de SFR, cette sortie avait suscité la fureur : en juin dernier, le ministre s’était montré bien moins enthousiaste lorsque l’opérateur au carré rouge voulait racheter Bouygues Telecom. Pourquoi ? Personne le sut vraiment.

Mais dans ce nouveau deal, l’Etat ne voulait pas voir sa part  diluée et exigeait de garder un minimum de 20% de l’ex-France Télécom sans mettre d’argent au pot. BPI France et l’Agence des participations de l’Etat renâclaient pour des raisons patrimoniales, alors qu’ils ont supporté la montée au Capital de Renault par l’Etat au risque de faire capoter l’Alliance magnifique avec Nissan ! On a vu avec cette opération, combien l’Etat a perdu à la corbeille du Palais Brogniart.

Cerise habituelle sur le gâteau, les syndicats de Bouygues, FO en tête, ont joué leurs rôles de sous-marins auprès du Gouvernement.

Et pour finir, en voulant imposer une clause de « standstill » visant à empêcher l’accroissement de la participation de Bouygues sur plusieurs années », Macron a fait définitivement capoter un deal historique vendredi dernier.

C’était pourtant l’occasion rêvée de relancer un nouvel acteur mondial des Télécoms et de reprendre la place perdue avec les interventions malheureuses de l’Etat dans l’industrie des Télécoms, Alcatel en premier. L’Europe compte 3 ou 4 acteurs dans chaque pays : la situation est intenable à long terme face aux quelques acteurs Américains qui pratiquent aussi des prix plus hauts et investissent massivement.

Résultats : les opérateurs européens s’épuisent, leur rentabilité aussi, et les investissements vont souffrir.

La France et l’Europe prennent du retard dans les Télécoms ; après avoir déjà perdu la bataille de la production de Fibres face aux Chinois et aux Américains dans les années 2000, l’Europe va risquer de perdre celle de l’attractivité de son marché intérieur, pourtant abrité de la concurrence mondiale sur ce point précis de la transmission par fibres optiques. Gageons qu’un Allemand associé avec un Russe, un Américain ou un Chinois, va reprendre le flambeau qu’Orange vient de perdre par la faute de Macron. Et on dira que décidément le modèle allemand est « trop fort ».

Les syndicats se disent dorénavant officiellement soulagés par l’abandon du projet seulement quelques heures après l’annonce des 2 PDG des deux Groupes… Encore le modèle cryptocommuniste français qui n’en finit pas de mourir.

L’Etat vient de jouer, de nouveau, un mauvais rôle d’arbitre en s’immisçant dans le secteur privé, et ce, sans en avoir les moyens, ni les compétences. Et la guerre entre les quatre opérateurs va continuer.

La France avait pourtant commencé la course en tête devant l’Allemagne et le Royaume Uni ! Mais demain ?

Le Plan Très Haut Débit vient de prendre inévitablement un coup sur la tête : il prévoyait de couvrir 80 % des foyers en « Fiber To The Home » d’ici à 2022, avec un investissement pour déployer la fibre dans tous les foyers estimé entre 35 et 40 milliards d’euros ; l’État n’y mettra que 4 et 5 milliards d’euros pour les zones moins denses, et encore; le reste sera essentiellement à la charge du privé et des collectivités locales. On paiera plus d’impôts. Orange avait pour ambition d’atteindre 12 millions de foyers raccordables d’ici 2018 et 20 millions d’ici à 2022. Pour combien maintenant ?

ftth
Données 2012. Sources: Itexpresso , IDATE, FTTH Council Europe: L’Allemagne et le RU étaient encore à moins de 1% de taux de pénétration !

Et Macron ? On ne l’entend plus ! Il est déjà passé à autre chose : la politique a ses droits.

C’est sûr, si aucun opérateur français ne revient à la charge sur ce deal, les Français attendront  longtemps avant de pouvoir rentrer dans la course mondiale des Télécoms : ils payeront cher à l’Allemagne ou à un autre opérateur cette nouvelle faute de l’Etat, cette véritable erreur stratégique : merci Macron ! Con !

YPG95660

PS : « Jardiland » était le nom de code de l’opération de fusion entre Bouygues et Orange.

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