Les macronitudes les plus courtes sont les meilleures…

Les bonnes feuilles extraites du livre d’Yves Gautrey :

« Macronitudes, les maux de ses mots »

Aberration

« Les Français sont malheureux quand la politique se réduit au technique, voire devient politicarde. Ils aiment qu’il y ait une histoire. Du point de vue du système politique traditionnel, je suis une aberration. (…) Si la politique se résumait à cette sorte de chimie qui fait son oeuvre comme si de rien n’était, je ne serais pas là.»

Mai 2018. Nouvelle Revue française (citée par Le Point). Une vérité parmi tant d’autres ? De façon assez baroque, Emmanuel Macron poursuit sur le même ton : « En réalité, je ne suis que l’émanation du goût du peuple français pour le romanesque : cela ne se résume pas en formules, mais c’est bien cela, le coeur de l’aventure politique. En somme, on est toujours l’instrument de quelque chose qui vous dépasse ».

Tout cela sent la grosse tête, le melon qui gonfle, les chevilles qui enflent. Un mois plus tard, l’affaire Benalla éclatera à la face du Président, et le 17 novembre, le peuple bardé de gilets jaunes envahira les ronds points. Au bout d’un an et demi, le quinquennat était déjà fini, mais personne ne le savait : la réforme des retraites sera même abandonnée six mois plus tard sans gloire ni trompette.

Le soldat Macron sera sauvé deux fois : par la crise Covid, puis par la crise Ukrainienne, soit deux ans et demi de marasme.

#macronitudes, #macron, #aberration

Coqueriquer

« Je ne céderai rien : ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes ».

Septembre 2019. Athènes. Une histoire de prétentieux gallinacés.

Certains de mes amis belges, assurément non-wallons mais sans doute sournois par nature – comme ils le sont tous vu de Wallonie – se moquent de notre mascotte nationale, le petit coq gaulois au chant péremptoire dont nous sommes si fiers. Ils n’aiment pas Macron non plus remarquez. Voici pourquoi.

En affirmant de son cri strident sa toute-puissance à la basse-cour qui l’entoure, et ce, à plusieurs reprises nuit et jour (tout comme le président), nous restons persuadés que le dadais à crête écarlate incarne véritablement l’esprit français : panache, hardiesse, bravoure ; trois mots décrivant la France qui gagne ; celle des premiers de cordée ; la start-up nation chère à Emmanuel Macron. Héritier de la longue lignée de nos héros français, les Saint Louis, François 1er, Louis XIV, Bonaparte, Pasteur, de Gaulle etc. le coq (tout comme le président), à force de chanter, se voit en bonne place dans les livres d’histoire.

Il y a des petits matins blêmes où j’ai honte de l’entendre coqueriquer aussi fort (tout comme le président). Nos amis belges, pétris de réalisme, ont raison : le petit gallinacé prétentieux est le seul à pouvoir coqueriquer tous les jours, aussi haut et tellement fort.

Vous savez pourquoi ? Parce qu’il a les deux pieds dans la « mouise ». Mais heureusement, si parfois le coq a un hoquet (tout comme le président), les poules et poulets de la basse-cour macronienne caquèteront bien plus fort que lui, histoire de le protéger un peu.

#macronitudes, #macron, #coqueriquer

Effraction

« Je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’histoire, d’une effraction parce que la France était malheureuse et inquiète ». Février 2018. Au bar lounge du mini-Palais, l’annexe du Grand Palais. Rencontre annuelle avec l’Association de la presse présidentielle.

Étonnante lucidité qu’Emmanuel Macron livre de façon exaltée aux cent vingt journalistes ébahis devant tant de fausse humilité. Il serait donc le fruit d’une « forme de brutalité de l’histoire ». En somme, Il est là parce que la France « était malheureuse et inquiète… » Malheureuse de quoi et inquiète de qui ? Qui fut vraiment « le fruit de la brutalité de l’histoire » ? Indubitablement, François Fillon : il doit pleurer de rage ou de rire en entendant le Prince du Touquet cancaner sur sa victoire.

La phrase complète apporte cette touche macronienne qui n’appartient qu’à Lui, pédante, creuse et provocante : « Il y a une part d’ascèse, indéniablement, je n’oublie pas d’où je viens. Je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’histoire, d’une effraction parce que la France était malheureuse et inquiète, si j’oublie tout cela, ce sera le début de l’épreuve. » Puis, Il ajoute sans rire : « Alors, acceptez les matins blafards, les yeux cernés, le teint blême, mais je continuerai. »

Pédant et christique à la fois, …. n’est-ce pas ? 🙂

#macronitudes, #macron, #effraction

Hapax

« Pacta sunt servanda. » Décembre 2017. Entretien empli d’alacrité avec Laurent Delahousse. Traduction : « Les conventions doivent être respectées ».

Voici un hapax, un mot rare et difficile dont il n’existe qu’une seule occurrence et qui disparaît du langage courant. Emmanuel Macron utilise souvent ce langage « hors peuple » pour s’exprimer devant la Nation : une façon de s’élever sur le quotidien des Français. Peut-être aussi la raison de ses deux échecs successifs à l’écrit du concours d’entrée à Normale ?

Sa phrase exacte est : « On ne peut pas prétendre garantir en quelque sorte l’ordre international, être les puissances qui disent le droit, ce qui est un peu notre rôle historique, et nous-mêmes sortir du droit dès que ça ne nous arrange plus : pacta sunt servanda. » En l’occurrence, l’expression est employée à propos de Donald Trump et de son annonce du retrait de Syrie des troupes américaines.

On voit bien, à l’occasion de cette formule pointue, une certaine forme de naïveté d’Emmanuel Macron à l’égard des politiques géostratégiques des États-Unis : un contrat reste un contrat qui peut toujours se terminer. Ou être dénoncé. Voire se déchirer. Suivez mon regard vers le contrat de sous-marins devenus fantômes.

#macronitudes, #macron, #hapax

Macron et le peuple: un évident oxymore

« Nous avons peut-être parfois construit des bonnes réponses trop loin de nos concitoyens en considérant qu’il y avait des sachants et des subissants ». Juin 2019. Ornans (Doubs). Discours sur le bicentenaire de Gustave Courbet.

Son registre linguistique se contorsionne parfois dans de multiples macronitudes : ici, Il évoque, à la façon des « Précieuses ridicules », les « subissants » : ridicule, non ? S’Il tente de « faire peuple » avec des bains de foule encadrés, des sourires de circonstance, du théâtre, et des poignées de main chiraquienne, Emmanuel Macron ne sait pas très bien ni « parler peuple » ni « parler au peuple » ; quant à « parler du peuple », il faudra attendre longtemps la réponse à cette question. « Macron et le peuple » est donc un oxymore.

De Gaulle rêvait d’un étroit « chemin entre le précipice du national-socialisme, du marxisme-léninisme, mais aussi du libéralisme européiste. » Emmanuel Macron se précipitera, un peu plus vite et bien plus convaincu que les autres successeurs qui l’ont précédé, vers le gouffre du libéralisme européiste. Avec cette petite touche personnelle d’indécent américano-tropisme.

En fait, Macron est un anti-gaullien. Macron et le peuple : l’évident oxymore d’un anti-gaullien.

#macronitudes, #macron, #oxymore

Réconciliation

« Je n’ai pas réconcilié le peuple français avec ses dirigeants ».

14 Novembre 2018. Emmanuel Macron est déjà à bout de souffle. Le président est interviewé par Gilles Bouleau sur le porte-avions Charles-de-Gaulle. Les symboles sont évidents : la force, c’est Lui ; le chef, c’est Lui ; le pouvoir, c’est Lui. Sauf que les Français n’ont pas besoin de symboles pour comprendre cela. Lui, si.

Emmanuel Macron poursuit par un constat : « Ce divorce on le voit dans toutes les démocraties occidentales, il m’inquiète. Je l’ai vu sur le terrain. Cela me touche profondément. Je veux que l’on y réponde. C’est au coeur des mois à venir ». Pointer du doigt les errements des peuples européens est ni responsable ni glorieux : nous, les progressistes, ne sommes pas coupables, et si peu responsables… Puis, Il indique : « C’est un vaste programme, il requiert la mobilisation de toute la nation ». Mais mobiliser la nation, cela sert à quoi ?

Le président n’a pas encore compris que le modèle français – et non pas la France – est à bout de souffle : terrible déni d’un système fonctionnarisé, attaqué de toutes parts, alors qu’Il a été élu pour mettre en place des solutions qui marchent.

Trois jours plus tard, le 17 novembre 2018 très exactement, la « Nation des ronds-points » se mobilisera contre Lui.

#macronitudes, #macron, #reconciliation

Tee Shirt

« Vous n’allez pas me faire peur avec votre tee-shirt : la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler ».

Mai 2016. Brigitte Macron nous explique, avec une facilité intellectuelle digne d’une groupie, la situation de son époux : « Quelquefois, on a des phrases qui sortent spontanément, qui nous nuisent, ou qui nuisent à notre image, mais c’est trop tard : la phrase est dite. Maintenant, vous êtes dans une époque où vous êtes à un mot près, un mot peut vous condamner, et vous êtes réduit indéfiniment à ce mot. Et ça c’est grave ; parce que je pense que c’est une très grave atteinte à notre liberté. » Remarquez, la stratégie de l’excuse est une valeur de gauche bien ancrée dans la bien-pensance.

#macronitudes, #macron, #tee-shirt

Référendum des cocus

Ou la nécessaire consultation des peuples.

« La refondation européenne ne se construira pas à l’abri des peuples, mais en les associant dès le début à cette feuille de route. » Septembre 2017. Discours fondateur de l’Europe selon Macron.

Dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, les mots claquent et flattent. Le petit millier d’étudiants triés sur le volet et acquis par avance au macronisme, sont assis gentiment devant le Roi Soleil. On est très loin des étudiants de Mai 68 ou du grand débat Mitterrand-Seguin de 1991 annonçant le futur référendum de Maastricht.

Depuis, la citation d’Emmanuel Macron est restée en l’air, sans réponse, toujours en mode pause, comme gravée virtuellement au fronton immense de la macronitude. Et si ces mots résonnaient encore entre les murs historiques du grand amphi, ce serait de la magie. Mais aux dernières nouvelles, les techniciens de surface y font le ménage tous les soirs avec leurs écouteurs Bluetooth.

Associer les peuples « à la feuille de route » ? Laquelle ?

Que sont devenus les référendum promis, annoncés ? Ne rêvons plus. Ou plutôt, si.

#macronitudes, #macron, #referendum, #cocus

Zemmourisme

 » J’ai envie d’embrasser le passé de mon pays dans ce qu’il a de plus exaltant, sensuel et qui fait ma fierté et, en même temps, de regarder chaque part d’ombre de ce passé. » Mars 2017. Interview sur France Culture.  Extraits d’un savoureux passage fait de contorsions à propos du zemmourisme.

Éric Zemmour est devenu LE poil à gratter de la pensée progressiste que représente Emmanuel Macron. Et cela l’ennuie terriblement, Lui, l’acteur de théâtre qui se pique d’être le meilleur en tout. Hélas, la puissance de réflexion du premier, alliée à une super-mémoire sur l’histoire de France, est sans commune mesure avec la faible vision du deuxième, et sa non moins prodigieuse mémoire sur – absolument – tous les sujets. Le président Macron a un avantage : sa capacité à raisonner par les chiffres. L’essayiste et homme politique Zemmour a un inconvénient : son style anti-politichien. Comme quoi, tout ne se résume pas à une question de mémoire, ni d’intelligence, et d’effets de théâtre.

Tant que le débat n’aura pas été tranché par plus de deux français sur trois, le masque du Zorro vengeur n’aura « pas dit son dernier mot ». Et si ce n’est pas Zemmour, ce sera quelqu’un d’autre, une autre fois ou sous une autre forme.

Ou pire ? Ou mieux ?

#macronitudes, #macron, #zemmour, #zemmourisme

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