Crise économique : guerre en Ukraine, une opportunité américaine ? (partie 2 sur 3)

Après en avoir décrit l’origine — et au-delà des discours médiatiques et politiques — tentons d’analyser l’impact réel de la guerre en Ukraine sur la crise économique à venir.

Nous verrons dans la dernière partie, les perspectives futures, c’est à dire les krachs déjà en cours, car personne n’a expliqué franchement la gravité de la situation au citoyen lambda. Pour escamoter la vérité, on nous a raconté deux belles histoires !

On nous raconta une première histoire afin d’éviter toutes vagues électorales

Alors qu’ils constataient tous les jours, depuis leurs dernières escapades estivales, que leur pouvoir d’achat commençait à sérieusement fléchir, les Français n’ont fait que musarder depuis la rentrée de 2021. En effet, élections présidentielles et législatives obligent, ils ont préféré — par médias interposés et faute de débat sur le bilan Macron — bavarder sur le SMIC à 1500 euros nets, l’âge de la retraite, l’Europe souveraine, la menace des extrêmes, la créolisation, le grand remplacement, le voile dans la rue et le burkini à Grenoble.

Cela étant, nous avions tous plus ou moins compris que le barnum politico-financier électoraliste — le fameux « quoi qu’il en coûte » du couple Macron-Le Maire — allait nous poser un énorme problème à la sortie de la pandémie. Le couple ne cessa depuis fin 2021 de nous parler de magnifique rebond économique, de plein emploi inespéré, de formidable croissance en l’Europe, d’exceptionnelle protection des Français, etc. Mais qui croyait à cette belle histoire ?

En faisant exploser la dette de plus de 600 milliards en cinq ans, Emmanuel Macron va inévitablement devoir faire face au « mur de la dette » d’ici quelques mois : elle dépassait déjà les 2 800 milliards à fin décembre 2021. Et lorsqu’on apprendra le 10 mai 2022, de la bouche même du gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. que chaque hausse de 1 % des taux d’intérêt représente au bout de dix ans, un coût supplémentaire de près de 40 milliards d’euros par an, on se surprend à vraiment s’inquiéter. Ces 40 milliards annuels équivalent à 4 fois le budget de la Justice, 8 fois celui de l’Agriculture, 10 fois celui de la Culture, etc.

Si le rôle d’amortisseur et d’assureur traditionnellement joué par l’État était une nécessité, le « quoi qu’il en coûte » nous aura quand même coûté, selon Bruno Le Maire, 240 milliards au bas mot. Il s’est même vanté d’avoir protégé les Français bien plus que dans tout autre pays européen. C’est faux ! Les dépenses publiques se sont accrues de 10,7 % en France entre 2019 et 2021, contre 14,5 % dans la zone euro, et même de 17,6 % en Allemagne ; et ce que Bruno Le Maire n’a pas dit, c’est que les niveaux de dettes et déficits records nous interdisaient des dépenses publiques comparables à celles de l’Allemagne : 6,9 % d’écart de dépenses publiques entre nos deux pays représentait un montant de 200 milliards. Selon l’Insee, notre taux de dépenses publiques — c’est-à-dire l’argent magique perpétuellement distribué — était de 59,2 % du PIB en 2021, contre 52,4 % dans la zone euro et seulement 51,5 % en Allemagne.

Comme dans les vieilles familles de la noblesse désargentée, on a compris que la France, pourtant habituellement si généreuse, était bel et bien fauchée. Comme le dénonçait Valérie Pécresse, Emmanuel Macron avait bien compris qu’il n’attraperait pas les électeurs en 2022 avec des économies de bouts de chandelles. Alors la communication prit le relai pour vendre le grand déversement d’un argent magique ne nous appartenant pas. Et les mois défilèrent sans que le vrai sujet ne soit mis sur la table : quid de la France qui, prisonnière des pactes européens et des pressions financières de la BCE, ne pourra plus décider de son avenir ? Allons-nous vers un Frexit organisé par Bruxelles ou une dissolution totale dans l’Union européenne ?

Très fragile, l’économie française affronte dorénavant une flambée des prix et un net ralentissement de sa croissance. Mais pour finir, il faudra bien rembourser au moins les intérêts et une partie de la dette. Aussi, soyez certains qu’après élections législatives, arrivera le grand tournant de la rigueur, comme déjà évoqué dans un article précédent. Christian Lindner, le ministre des finances allemand, a déjà prévenu : pour lutter contre l’inflation, les pays européens devront « réduire les déficits », tout en soulignant que l’Allemagne n’utiliserait pas cette souplesse budgétaire. Et très diplomatiquement, il ajouta : « Nous devons sortir de l’endettement dès que possible, nous devons retourner au pacte de stabilité dès que possible. »

Avec les prochains retournements des taux d’intérêt — ce qui ne saurait tarder comme nous le verrons dans la troisième partie —, la BCE va devoir prendre le contrôle des finances françaises : fin 2023 ou avant ?

Puis, on nous raconta une deuxième belle histoire afin de cacher la vérité qui dérange

L’occasion faisant le larron, nous allons assister en direct à un revirement total du discours officiel. En effet, les deux apprentis sorciers progressistes; Emmanuel Macron et Bruno Le Maire, nous mènerons en bateau jusqu’au 24 février 2022, date de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Ils nous expliqueront immédiatement que cette guerre totalement imprévisible n’allait pas nous aider à redresser la barre. Puis, l’Union européenne et les États-Unis s’empressèrent « spontanément » de sanctionner la Russie à une vitesse jamais vue, quitte à pénaliser ses propres économies et à menacer de famine les pays les plus pauvres : il fallait détruire au plus vite le Mal au nom du Bien.

En effet, on apprendra très vite — au nom de la liberté des peuples, de la Démocratie, de la « Nation » ukrainienne, de la haine des Russes, de l’Europe qui protège et de je ne sais quoi encore — que sauver le monde imposera des sacrifices aux citoyens français ; qu’au nom de cette absolue obligation morale, il faudra châtier Vladimir Poutine avec une nouvelle digression du « quoi qu’il en coûte » : les sanctions économiques. Pensez donc, le dictateur Poutine avait si gravement perturbé l’admirable redressement de notre si beau modèle économico-démocratico-européen.

Emmanuel Macron profitera de l’occasion pour laver l’affront qu’il s’était infligé à lui-même : en effet, au lendemain de sa rencontre du 7 février 2022 avec Vladimir Poutine, il ne put s’empêcher de coqueriquer très haut à propos de la crise en Ukraine : « J’ai obtenu qu’il n’y ait pas de dégradation et d’escalade. » Son homologue russe démentira ces propos immédiatement. On constatera le 24 février la pertinence légendaire du président Macron. Et quant aux Américains, ils laveront l’affront subi en Afghanistan le 15 août 2021, à la différence que l’Amérique de Joe Biden, contrairement à ses homologues européens, ne voyait dans cette guerre en Ukraine qu’une excellente occasion de fortifier — sans compter quelques avantages collatéraux — leur volonté de puissance. Les Européens ne l’ignoraient pas, mais ils détournèrent leurs regards afin d’éviter de ressentir l’humiliation qu’ils subissaient, et des Russes, et des Américains. La Commission européenne deviendra un peu plus belliqueuse pour laver, elle aussi, l’affront subi par cette défaite européenne en rase campagne.

Dans ces conditions, les diatribes, caricatures et autres rodomontades de l’acteur-président Volodymyr Zelensky associé aux pharisiens de pacotille de la mondialisation heureuse — Joe Biden et Emmanuel Macron en tête —, ne furent rien d’autre qu’une belle mise en scène pour ne pas dire une monstrueuse manipulation politico-économique. Une question demeure cependant : pourquoi croyez-vous que les États-Unis aient, avant tout le monde, annoncé l’invasion russe ?

En fait, la réalité était bien plus prosaïque

Brutalement, on vient juste de comprendre que la guerre n’était pas le problème, mais que les États-Unis la percevaient comme une « solution »… ou en tout cas une cause toute trouvée à la crise économique mondiale qui avait explosé. La belle histoire d’un peuple ukrainien, résistant farouchement au monstre russe, ne tient pas.

Avant même qu’elle ne commence, la possibilité d’une guerre était en effet devenue pour les États-Unis, le prétexte rêvé pour échapper au marasme économique ; et surtout, une excellente opportunité pour les Américains d’en sortir par le haut avec tous les honneurs. Et comme nous le verrons dans la dernière partie, les premiers craquements de la méga crise économique étaient déjà inscrits dans les chiffres macroéconomiques des États-Unis dès le deuxième trimestre 2021.

Ce calcul stratégique totalement cynique va bouleverser la situation géopolitique mondiale et, nonobstant les dizaines de milliers de morts, va peut-être mener l’Europe à une défaite grotesque sur le plan politique, économique et même culturel, si ce n’est civilisationnel ; et ce, en renforçant la place des États-Unis dans le monde.

Dans cette deuxième belle histoire, le plus étonnant fut, non pas le discours du « va-t-en-guerre Macron » — on connaît son petit côté « guerrier du dimanche » — mais l’ahurissante moutonnerie de la plupart des oppositions françaises qui toutes, se réclamaient peu ou prou d’une certaine vision géopolitique d’inspiration gaulliste. Le seul qui tenta de s’y référer, et ainsi de résister à la doxa anti-Poutine fut Éric Zemmour. D’évidence, il tomba dans le piège à pieds joints. Au nom du Bien contre le Mal, il payera donc l’addition à la place des autres pleutres candidats qui, par leurs attitudes serviles à la « cause anti-Poutine », contribueront à la réélection du Prince. On connaît la suite : contre tout bon sens géopolitique, et faisant d’une pierre deux coups, Éric Zemmour sera marginalisé pour ces propos, car en Macronie, il n’y a jamais de petits profits, juste de la politique politicienne. Mais ça, nous le savions déjà.

Après la dévastation agressive de l’économie russe, puis l’asservissement amical de l’Europe viendra le temps, à n’en pas douter, du choc frontal avec la Chine.

Troisième et dernière partie à venir demain : et maintenant, bientôt le grand krach ?

Yves Gautrey

Article paru dans Front Populaire le 2 Juin 2022.

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